2029 : Objectif Lune ? Chine vs USA
Course à la Lune Chine USA : cinquante-cinq ans après Apollo, deux puissances, la Chine et les USA, visent de nouveau la Lune. Ces dernières sont au coude à coude.
Page créée le 12 juillet 2026
1. Prologue — Un retour annoncé depuis 35 ans, jamais concrétisé
1969 : une victoire de guerre froide
Les États-Unis sont déjà allés sur la Lune : six missions entre 1969 et 1972. Mais ce succès n’a jamais été un exploit solitaire — c’était en réalité une victoire de guerre froide. Le programme Apollo naît directement de la rivalité avec l’URSS. En effet, le lancement de Spoutnik en 1957 puis le vol de Gagarine en 1961 humilient les États-Unis. Ceux-ci n’ont alors pas encore mis un seul humain en orbite. Ainsi, en mai 1961, Kennedy fixe l’objectif lunaire devant le Congrès, moins de six semaines après le vol de Gagarine.
L’enjeu n’est pas la science, mais bien de regagner le leadership technologique face à Moscou. Le 20 juillet 1969, Neil Armstrong pose enfin le pied sur la Lune. C’est alors autant une démonstration de puissance politique qu’une prouesse d’ingénierie. Mais une fois la victoire acquise sur l’URSS, l’intérêt politique — et le budget — s’effondrent. Apollo 17 (1972) est ainsi la dernière mission, et aucune n’a suivi depuis.
Quatre tentatives de retour, jamais abouties
Depuis, les États-Unis planifient un retour — un projet relancé quatre fois, toujours sans aboutir avant Artemis.
À l’occasion des 20 ans d’Apollo 11, George H. W. Bush lance la Space Exploration Initiative — base lunaire, puis Mars. Coût estimé à 500 milliards de dollars sur 20-30 ans : le Congrès enterre le projet dès 1991-1993.
George W. Bush relance l’ambition avec la Vision for Space Exploration, concrétisée par le programme Constellation (lanceurs Ares I/V, capsule Orion, alunisseur Altair), objectif 2020.
Retard budgétaire chronique, Barack Obama annule Constellation mais conserve la capsule Orion.
Donald Trump relance officiellement le retour sur la Lune ; le programme est baptisé Artemis en 2019 — année où la rivalité avec la Chine s’intensifie nettement, après l’atterrissage chinois sur la face cachée de la Lune (Chang’e 4, janvier 2019).
Le parallèle est frappant : en 1969, la course lunaire était un duel USA-URSS. En 2026, cette course à la Lune Chine USA rejoue le même scénario, mais avec un nouveau challenger : la Chine. Celle-ci a en effet remplacé l’Union soviétique comme repoussoir stratégique, justifiant politiquement l’effort spatial américain.
2. La Chine progresse et inquiète — l’exclusion de l’ISS
Le programme spatial chinois démarre en 1956, sous Mao. Une coopération limitée existe même avec les USA entre 1978 et 2000. Mais la relation se dégrade ensuite au fil des jalons suivants, jusqu’à l’exclusion pure et simple de l’ISS en 2011.
1956-2002 : la Chine construit son programme
Création de l’Institut n°5 sous Mao, dirigé par Qian Xuesen — un ingénieur formé aux États-Unis, expulsé pendant le maccarthysme, devenu la figure fondatrice du programme chinois.
Lancement de Dong Fang Hong 1 (« L’Orient est rouge ») : la Chine devient la 5ᵉ puissance spatiale mondiale, après l’URSS, les USA, la France et le Japon.
Coopération limitée avec les USA (lancement de satellites américains par des fusées chinoises), interrompue notamment après le massacre de Tiananmen (1989).
Lancement du programme habité Shenzhou (« projet 921 »), avec assistance technique russe — architecture directement inspirée de Soyouz.
Création de la CNSA (agence civile), séparée du CASC (l’industriel) — une structuration institutionnelle qui précède de dix ans le premier vol habité.
Le rapport Cox accuse la Chine d’avoir illégalement capté des transferts de technologie via les lancements commerciaux des années 1990.
Quatre vols d’essai sans équipage de Shenzhou, pour valider le système avant d’y envoyer un humain — une phase de test méthodique, loin de l’image d’un « saut direct » vers le vol habité de 2003.
2007-2011 : la rupture avec les États-Unis
La Chine détruit un de ses satellites météo par missile, devenant la 3ᵉ nation à réussir un test antisatellite — un choc pour Washington, qui découvre une capacité militaire spatiale chinoise bien plus avancée que prévu.
L’administration Bush oppose son veto à un projet de coopération spatiale avec la Chine.
Le Congrès américain adopte le Wolf Amendment, qui interdit à la NASA toute coopération bilatérale avec des entités chinoises sans autorisation explicite du Congrès et du FBI. Conséquence directe : la Chine est exclue de la Station spatiale internationale.
Plutôt que de la freiner, cette exclusion accélère au contraire l’autonomie chinoise. Dès septembre 2011, la Chine lance ainsi le premier prototype de sa propre station, Tiangong-1. Celui-ci deviendra par la suite Tiangong, achevée en 2022 (60 tonnes) — la 3ᵉ station de l’histoire après Mir et l’ISS.
3. La Chine progresse pas à pas, sans échec majeur
Depuis, chaque étape du programme lunaire chinois a été tenue :
Yang Liwei devient le premier taïkonaute (Shenzhou 5) : la Chine devient la 3ᵉ nation à envoyer un humain en orbite par ses propres moyens.
Première sortie extravéhiculaire chinoise.
Chang’e 3 et le rover Yutu réussissent le premier atterrissage en douceur chinois sur la Lune.
Chang’e 4 se pose sur la face cachée de la Lune : première mondiale absolue, jamais réalisée par personne avant.
Chang’e 5 rapporte des échantillons lunaires sur Terre : une première depuis les missions soviétiques Luna des années 1970.
La sonde Tianwen-1 et le rover Zhurong se posent sur Mars dès la première tentative chinoise, devançant l’Europe et la Russie sur ce point.
Achèvement de la station Tiangong.
Sur le programme lunaire habité actuel (lanceur CZ-10, capsule Mengzhou, alunisseur Lanyue), la même régularité se confirme d’ailleurs. Le test complet d’atterrissage/redécollage de Lanyue a ainsi été réussi en août 2025. Le premier essai suborbital du CZ-10A a ensuite été validé en février 2026. Enfin, la première récupération mondiale d’un étage de fusée par capture au filet a eu lieu le 10 juillet 2026. L’objectif affiché — un alunissage habité avant 2030 — n’a par ailleurs jamais été révisé depuis son annonce.
4. Les États-Unis changent de cap régulièrement
En effet, le programme Artemis cumule les inflexions politiques et les revers techniques depuis son lancement même, pas seulement récemment — un contraste étatique/commercial que l’on retrouve aussi dans notre dossier sur l’avenir du nucléaire dans le monde.
Inflexions de stratégie (2021-2026)
La NASA attribue le contrat HLS à SpaceX seul (2,9 Md$), écartant Blue Origin et Dynetics. Les deux perdants déposent alors un recours devant le GAO, rejeté en juillet 2021. Ils saisissent ensuite la justice fédérale, qui le rejette à son tour en novembre 2021 — soit sept mois de gel du programme.
La NASA revient déjà partiellement sur son choix du fournisseur unique et attribue un second contrat à Blue Origin (Blue Moon), mais uniquement pour Artemis V — pas encore une vraie mise en concurrence directe.
La NASA rouvre pleinement la compétition à Blue Origin, cette fois pour l’ensemble du calendrier : course ouverte, le premier alunisseur prêt sert pour la première mission.
Décret présidentiel (E.O. 14369) fixant un avant-poste lunaire permanent dès 2030, avec un réacteur nucléaire de surface — et mise en pause de la station Gateway au profit d’une approche plus directe.
La NASA simplifie SLS (abandon des versions Block 1B/2) et bascule le second étage vers ULA (Vulcan Centaur), pour accélérer la fabrication.
Revers techniques et alertes de calendrier
Le GAO alerte sur les retards de l’alunisseur SpaceX et de la combinaison Axiom. Il projette ainsi qu’Artemis III, alors prévue en 2025, ne pourra pas avoir lieu avant début 2027. C’est de fait la première fois qu’un organe de contrôle externe démolit publiquement le calendrier officiel.
La NASA reporte formellement Artemis II, de fin 2024 à « pas avant septembre 2025 », en raison de problèmes techniques sur Orion (bouclier thermique, système de refroidissement des combinaisons).
Explosion au sol de New Glenn — seul lanceur capable d’emporter Blue Moon — lors d’un essai statique de mise à feu à Cape Canaveral. L’unique pas de tir opérationnel de Blue Origin est détruit. Par conséquent, le vol de démonstration cargo Blue Moon Mark 1, prévu fin 2026, est reporté sans nouvelle date.
Le ravitaillement orbital de Starship HLS (environ 10 vols-citernes nécessaires) n’a jamais été démontré à cette échelle par personne, alors que c’est un prérequis technique pour l’alunisseur SpaceX.
Conséquence sur le calendrier. La date d’alunissage a glissé quasiment chaque année depuis l’annonce du programme — 2024, puis 2025, puis 2026, puis mi-2027, puis fin 2027, puis 2028. Le GAO alertait déjà en 2024 sur un calendrier « irréaliste » côté SpaceX (79 mois prévus contre 91 en moyenne pour les grands projets NASA). Un second rapport de l’Inspector General de la NASA, cette fois sur les combinaisons spatiales Axiom (20 avril 2026), va plus loin encore : il estime que leurs démonstrations pourraient ne pas avoir lieu avant 2031, soit trois ans après la date officielle affichée — un goulot d’étranglement distinct de celui de l’atterrisseur, mais qui pèse sur le même calendrier.
5. Course à la Lune : Chine ou USA, qui est en tête aujourd’hui ?
Sur les briques techniques déjà démontrées, l’écart reste faible : 2,7/5 pour la Chine contre 2,3/5 pour les États-Unis. Mais la dynamique récente penche nettement en faveur de Pékin — un renversement qui aurait semblé impensable il y a quelques années. Selon Josef Aschbacher (ESA), la Chine viserait même 1 à 2 ans avant son objectif officiel de 2030, soit 2028-2029. Cette date coïnciderait ainsi avec le 80ᵉ anniversaire de la fondation de la République populaire (1949+80=2029). Il s’agit certes d’une hypothèse d’observateur extérieur, non d’un objectif confirmé par Pékin, mais elle donne tout son sens symbolique à la course.
6. Les prochains rendez-vous à surveiller
Trois échéances détermineront l’issue de cette course à la Lune Chine USA dans les prochains mois.
Sources : synthèse Décryptages d’après NASA, GAO, NASA OIG, ESA, Wikipédia FR/EN, SpaceNews · Version 9